Menu

Les protections périodiques, un enjeu de santé publique

Protections périodiques Mutami

Lutte contre la précarité menstruelle, composition des tampons et serviettes hygiéniques, TVA à 0%… Depuis quelques années, on parle (enfin) des protections périodiques. Et c’est tant mieux, tant le sujet touche à la santé et au bien-être des femmes.

En France, environ deux millions de femmes sont victimes de précarité menstruelle. Mamans solos, étudiantes, femmes sans domicile fixe ou en prison… elles n’ont pas les moyens financiers de s’acheter - ou pas en quantité suffisante - des protections périodiques tous les mois. Rappelons qu’à chaque cycle, l’achat de serviettes et/ou de tampons coûte entre cinq et sept euros. Un total compris entre 2 500 et 3 400 euros1 sur les 38 ans, en moyenne, au cours desquels les femmes auront leurs règles.

La précarité menstruelle n’est pas qu’une question économique, c’est aussi une question sociale et sanitaire. En effet, elle peut constituer un frein à l’insertion et augmenter les risques de déscolarisation et d’absentéisme des jeunes filles. De plus, le renouvellement insuffisant des protections est un facteur de risque pour la santé mentale et physique (démangeaisons, infections, syndrome du choc toxique pouvant occasionner la mort).

Pourtant, pendant longtemps, le sujet est resté impensé en France. Le grand public le découvre avec l’apparition, en 2014, de la première Journée mondiale de l'hygiène menstruelle (tous les 28 mai). A cela s’ajoute la création d’associations comme Règles Élémentaires, qui organise la collecte et la distribution gratuite de protections hygiéniques ; mais aussi de premières mesures politiques.

Baisse de la TVA

Début 2016, l’Assemblée nationale vote la baisse de la TVA de 20 à 5,5% sur les protections périodiques. Des associations militent même aujourd’hui pour une taxation nulle en France, comme recommandé par les eurodéputé·es depuis juin 2021. Sauf qu’une TVA à 0% ne serait pas efficace concrètement. Elle permettrait seulement une avancée symbolique : considérer les serviettes et les tampons comme des produits de première nécessité. « La baisse de 20 à 5,5% n’a eu aucune répercussion sur le prix payé par les consommatrices, explique Laury Gaube, directrice de la communication et de la sensibilisation de Règles Élémentaires. Car les fournisseurs ont répercuté cette baisse sur les tarifs de leurs produits, en les augmentant ».

Distributions gratuites

Pour lutter efficacement contre la précarité menstruelle, l’association préconise la distribution gratuite de protections périodiques auprès des personnes qui en ont besoin. Outre l’action des associations en ce sens, le gouvernement a lancé des premières expérimentations en 2016. Puis à la rentrée universitaire de 2021, le ministère de l’Enseignement supérieur a acté l’installation généralisée de distributeurs sur les campus français. S’il est trop tôt pour avoir des chiffres sur l’effet de cette mesure, sur le terrain, « la demande auprès des associations étudiantes n’a pas baissé, au contraire », rapporte la responsable de Règles Élémentaires.

Par ailleurs, l’association déplore un manque de stratégie dans le déploiement de ces distributeurs. Pour être utiles, « les distributeurs doivent être placés à des endroits accessibles et remplis régulièrement. Or, sur certains campus, il n’y a qu’un seul distributeur. Difficile alors pour les étudiantes de le trouver ».

De son côté, Mutami n’est pas en reste. En 2021, à Albi (Tarn), la mutuelle s’est associée à une mobilisation syndicale en faveur des étudiant·es albigeois·es en situation de précarité. Au cours d’une distribution alimentaire, Mutami s’est chargé du don de produits périodiques : serviettes, tampons et cups. L’objectif : « Aider les étudiantes à lutter contre la précarité menstruelle », explique Alexandre Capoulade, responsable partenariats de Mutami, qui n’exclut pas de renouveler l’opération. « Nous avons le projet de faire un bilan des effets de la généralisation des distributeurs de protections périodiques gratuites. Ce qui nous permettra d’évaluer si cela fonctionne ou non, et le cas échéant de continuer nos actions pour lutter contre la précarité menstruelle. »

Composition

La précarité menstruelle met en lumière un autre sujet lié à la commercialisation des protections périodiques : leur composition. Un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), publié en juillet 2018, a mis en évidence la présence de perturbateurs endocriniens et de nombreuses substances aux effets cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques démontrés2. Mais selon un décret, à partir du 1er janvier 2023, les fabricants auront l’obligation d’indiquer la composition de leurs produits sur les emballages, tout comme les effets indésirables possibles et les précautions d’utilisation. En attendant, il existe des alternatives à ces produits potentiellement toxiques. Entre autres, les cups ou les culottes menstruelles fabriquées à partir de coton bio. Des produits qui participent aussi à la lutte contre la précarité puisqu’ils sont réutilisables.

 

1Calcul établi avec les estimations suivantes : cinq protections utilisées par jour, pendant 5 jours de règles soit 25 protections pour un coût entre 5 et 7 euros par cycle/mois. Et 38 années de règles durant la vie d’une femme.

2Hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), de phtalates de dioxines et de furane (petite molécule qui se forme lors des processus de chauffe de la nourriture, comme la cuisson ou la stérilisation).